le conte célèbre " Trimobe et son épouse Fara"
Auteurs:Esther RANDRIAMAMONJY    Date:2015-12-30    Visites:

Trimobe et les trois soeurs

    Nombreux sont les Contes que nos Ancêtres ont laissés.
    La tradition orale (également culture orale, patrimoine oral ou encore patrimoine immatériel pour l’Unesco) est une façon de préserver et de transmettre l’histoire, la loi et la littérature de génération en génération dans une civilisation qui n’a pas de système d’écriture ou qui, dans certaines circonstances, choisit de ne pas l’utiliser. La tradition orale est souvent considérée comme faisant partie du folklore d’un peuple.

    Trimobe et les trois soeurs (lire : trimoubé) :

    Il y avait une fois un homme et une femme qui avaient trois filles. La plus jeune, appelée Ifara, était la plus jolie. Une nuit, Ifara fit un rêve et le lendemain elle le raconta à ses sœurs.

– J’ai rêvé, dit-elle, que je voyais le Fils du Soleil descendant sur la terre pour chercher une femme et, le croiriez-vous ? il me choisit pour être son épouse. Les deux autres sœurs furent vexées en entendant cela et elles se dirent : » Elle est certainement bien plus jolie que nous, et qui sait si un grand chef ne viendra pas pour l’épouser ? Il nous faut chercher un moyen de nous débarrasser d’elle. Mais voyons d’abord si tout le monde la trouvera la plus jolie. »

    Elles appelèrent Ifara et lui dirent de s’habiller pour sortir avec elles. La première personne qu’elles rencontrèrent fut une vieille femme.

– Oh! bonne mère, crièrent les deux sœurs, quelle est la plus jolie de nous trois ?

La vieille répondit : » Ramatoua n’est pas mal, Raïvou non plus, mais c’est Ifara qui est la plus belle. «
Alors Ramatoua enleva à sa jeune sœur sa robe de dessus.

    Elles rencontrèrent un vieillard et lui dirent :

– Oh ! bonhomme, quelle est la plus jolie de nous trois ?
Le vieillard fit la même réponse que la vieille femme, et Raïvou dépouilla Kara de sa robe de dessous.
Ensuite elles rencontrèrent trimoubé, un monstre moitié homme, moitié taureau, avec une longue queue pointue.

– Voici trimoubé, dirent les deux sœurs, et elles lui crièrent : » trimoubé, quelle est la plus jolie de nous trois ? « trimoubé poussa un grognement et répondit : » Ça n’est pas difficile à dire, c’est Ifara. « Les deux sœurs étaient pleines de rage, et elles se dirent : » Nous ne pouvons pas la tuer nous-même mais nous lui ferons cueillir les légumes d’trimoubé alors, il sera en colère, et il la mangera « .

    Elles appelèrent Ifara et lui dirent :
– Jouons à qui ramassera les plus gros ignames.
– Où faut-il aller ? dit Ifara.
– Là-bas, dirent ses sœurs en lui montrant champ d’Itrimoubé, mais cueille seulement ceux qui viennent juste de pousser.
    Quand Ifara rapporta ses ignames, elle vit qu’ils étaient beaucoup plus petits que ceux de ses sœurs. Elles se moquèrent d’elle et lui dirent : » Va vite en chercher d’autres. «

    Quand Ifara fut de retour dans le champ d’ignames, elle vit arriver Itrimoubé galopant sur ses quatre pieds ; il la saisit en s’écriant : » A présent, je t’y prends ; c’est toi qui voles mes ignames, je vais t’avaler. «
– Oh ! non, non, dit la pauvre Ifara pleurant, laissez-moi plutôt être votre femme, et je vous servirai bien.
– Viens, alors, dit Itrimoubé, et il l’emmena dans sa hutte, mais son idée était de l’engraisser pour la manger ensuite.
Les deux sœurs furent ravies de voir le monstre emmener Ifara. Elles coururent à leur maison, racontèrent à leurs parents qu’Ifara avait volé les ignames d’Itrimoubé, et que celui ci l’avait mangée. Le père et la mère pleurèrent amèrement sur le sort de leur chère fille.
Pendant ce temps, Itrimoubé engraissait Ifara, il la tenait enfermée dans la maison, cousue dans une natte, pendant qu’il allait chercher toutes sortes de choses pour lui donner à manger, et il commençait à penser qu’elle était bien dodue et qu’elle devait être bonne à rôtir.
Un jour qu’Itrimoubé était sorti pour toute la journée, Ifara vit une petite souris qui lui dit : » Donne-moi un peu de riz blanc, Ifara, et je te dirai quelque chose. » Ifara lui donna un peu de riz blanc, et la petite souris lui dit :
– Demain, Itrimoubé va te manger, mais je rongerai le fil qui tient la natte et tu pourras te sauver. Prends avec toi un œuf, un balai, un bâton et un caillou bien roulé et poli, et mets-toi à courir du côté du sud.
    Quand la petite souris eut rongé le fil qui tenait la natte, Ifara prit un œuf, un balai, un bâton et une pierre polie, et elle se sauva bien vite, après avoir mis à sa place un tronc de bananier et fermé la porte.
    Quand Itrimoubé rentra, apportant un grand pot et une sagaie pour tuer Ifara et la faire bouillir, il trouva la porte fermée. Il frappa et appela mais personne ne répondit.
– Bien, pensa-t-il. Ifara est devenue si grasse qu’elle ne peut plus bouger !
    Il brisa la porte et, courant droit vers le lit, il enfonça son arme dans le tronc de bananier, croyant tuer Ifara.
– Comme Ifara est grasse, dit-il, ma sagaie s’enfonce toute seule !
    Il la retira et passa la langue dessus.
– Elle est toute en graisse et tout à fait insipide. Elle sera peut-être meilleure rôtie !
    Mais, en ouvrant la natte, il vit le tronc de bananier, et il fut très en colère. Il sortit et huma l’air vers le nord : rien ; il huma l’air vers l’est : rien ; vers l’ouest rien ; il huma l’air enfin vers le sud : » Ah! cette fois, je la tiens ! «
Il se mit à galoper, et bientôt il atteignit Ifara.
– Maintenant, je t’aurai ! cria-t-il.
Ifara jeta à terre son balai, criant : » Par ma mère et par mon père, que ce balai devienne un fourré qu’Itrimoubé ne puisse pas traverser ! «
    Voilà le balai qui s’allonge, qui grossit, et qui devient un énorme fourré !
Mais Itrimoubé enfonça sa queue pointue dans fourré et se fit un chemin et il cria :
– Maintenant, je t’aurai, Ifara !
Ifara jeta l’œuf à terre, en criant :
» Par mon père et par ma mère, que cet œuf devient un étang qu’Itrimoubé ne puisse pas traverser! «
L’œuf se cassa et devint un étang très profond.
Mais Itrimoubé se mit à boire l’eau et quand l’étang fut à sec, il passa et cria :
    A présent, je t’aurai Ifara!
    Alors Ifara jeta son bâton à terre, en criant : » Par mon père et par ma mère, que ce bâton devienne une forêt qu’Itrimoubé ne puisse pas traverser! «
    Le bâton devint une forêt dont toutes les branches s’entrelaçaient. Mais Itrimoubé coupa les branches avec sa queue jusqu’à ce qu’il ne restât plus un arbre debout. » Maintenant, je t’aurai, Ifara! «
Mais Ifara jeta un caillou roulé à terre en criant : » Par mon père et par ma mère, que ce caillou devienne une barrière de rochers. » Le caillou grossit, grandit, et devint un rocher perpendiculaire, et il fut impossible à Itrimoubé de le gravir. Alors, il cria : » Tire-moi en haut, Ifara, je ne te ferai point de mal. « .

– Je ne te tirerai pas en haut, si tu ne plantes d’abord ta sagaie dans la terre « , dit Ifara. Itrimoubé planta sa sagaie dans la terre, et la bonne Ifara commença à le tirer en haut avec une corde. Mais, quand il fut près du bord, il cria : » En vérité, en vérité, je t’aurai à présent, Ifara ! »
Ifara fut si effrayée qu’elle lâcha la corde et Itrimoubé tomba juste sur sa sagaie, où il s’empala.
Ifara ne savait plus où trouver son chemin et s’assit en pleurant. Bientôt un corbeau vint se poser près d’elle et elle lui chanta :
» Joli corbeau, joli corbeau,
» Je lisserai tes plumes noires
» Si tu veux m’emporter avec toi
» Vers le puits de mon père. «
    Non, dit le corbeau, je ne t’emporterai pas, tu n’aurais pas dû raconter que je mangeais des arachides vertes!

Il vint ensuite un milan, et elle lui chanta :
» Mon beau milan, mon beau milan
» Je lisserai tes plumes grises
» Si tu veux m’emporter avec toi
» Vers le puits de mon père. «
    Non, dit le, milan, je ne t’emporterai pas. Tu n’aurais pas dû raconter que je mangeais des rats morts.

    La pauvre Ifara regrettait bien d’avoir été si bavarde, et elle pleurait amèrement, quand elle aperçut un joli pigeon bleu qui roucoulait : » reou, reou, reou » et elle lui chanta :
» Joli pigeon, joli pigeon,
» Je lisserai tes plumes bleues,
» Si tu veux m’emporter avec toi
» Vers le puits de mon père. «
    Reou! reou! reou! Viens, jeune fille, roucoule le pigeon bleu. J’aime à prendre pitié de ceux qui souffrent.
    Et il l’emporta vers le puits de son père et la posa sur un arbre, juste au-dessus de la source.

    Elle n’y était pas depuis longtemps quand leur petite esclave noire vint puiser de l’eau, et, en se penchant, elle vit comme dans un miroir le visage d’Ifara dans le puits, et elle crut voir sa propre figure.
– Vraiment! pensa l’esclave, je suis bien trop jolie pour porter cette vilaine cruche !
    Et elle jeta la cruche par terre et la brisa, pendant qu’Ifara criait :
– Mon père et ma mère dépensent-ils leur argent à acheter des cruches pour que tu les casses ?
L’esclave regarda partout autour d’elle, mais ne vit personne et retourna à la maison.
Le lendemain matin, elle revint avec une autre cruche et, voyant la figure d’Ifara dans l’eau, elle cria :
– Non, jamais plus je ne porterai de cruche; je suis bien trop jolie! et elle cassa encore sa cruche.
Mais Ifara chanta de nouveau :
– Mon père et ma mère dépensent-ils leur argent acheter des cruches pour que tu les casses ?
    L’esclave regarda de tous les côtés, et, ne voyant personne, elle courut à la maison, et raconta qu’il avait dans le puits quelqu’un qui parlait avec la voix d’Ifara.
Le père et la mère se mirent à courir, et quand Ifara les vit elle descendit de l’arbre, et ils pleurèrent de joie de se retrouver. Les parents d’Ifara furents fâchés contre leurs deux aînées qu’ils chassèrent de la maison et vécurent heureux avec Ifara

     Angano, angano, arira, arira, izaho mpamaky, ianareo mpitsentsitra

Traduction libre : « Ce n’était qu’un conte, c’est moi qui ai cassé l’os et c’est vous qui sucez la moëlle… »